“Quand j’étais très malade, je pensais à Édouard Manet”

Guillaume Durand publishes «Déjeunons sur l’herbe. Nous avons retrouvé the journalists in Biarritz to speak of his great passion: art.

Sa voix a longtemps bercé les auditeurs d’Europe 1. Son visage, marqué les téléspectateurs de La Cinq. Guillaume Durand semble faire partie de la vie des Français depuis toujours. Quarante ans de carrière… Une vie consacrée au journalisme. Mais, à force d’écrire et de parler des autres, Durand a eu le vertige. Peur de s’oublier, de vivre une vie qui n’était pas la sienne. Retranché d’abord derrière sa passion pour le rock’n’roll, il a finalement laissé place àarte, héritage de parents fantasques, autrefois marchands de tableaux. Le décès de son per et son of him amour of him dévorant pour Édouard Manet ont été autant de raisons de se lancer dans un bel ouvrage. Mais en pleine écriture la sentence est tombée: cancer de la mâchoire. Son combat of him against the maladie in the aura pas empêché de venir à bout de son livre. Pas question de cesser de transmettre ni de partager. Seules traces visibles de ce qu’il appelle son “explosion nucléaire personnelle” of him: une large scar sur son cou et une autre sur sa jambe of him. Toutes deux en attestent: Guillaume Durand is a survivant.

Paris Match. Cet amour de art, c’est un héritage de your parents?
Guillaume Durand. The ya de ça. Mes parents étaient marchands de tableaux, mais, jeune, j’ai surtout été emporté par la tornade de ma génération: le rock’n’roll! J’écoutais Led Zep, the Beatles, the Stones… Je me fichais de la peinture. C’est lors d’un voyage en Espagne, face à Goya, Vélasquez et Miro, que je me suis rendu compte que leurs œuvres me touchaient profundément. Et puis, en vieillissant, j’ai pris conscience que le grand problème du métier de journaliste est l’oubli de soi. Les interviews des autres, l’écriture sur les autres… On vit par procuration. Je me suis caché derrière un paravent de l’homme joyeux qui fait de la radio, mais j’avais besoin de faire quelque chose pour moi.

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L’art et la morale ne se rencontrent pas. Picasso était un monstre, Céline, tout sauf un saint

Votre père est mort il ya peu de temps. Difficult de ne pas voir de lien entre son décès of him et ce livre …
Evidemment. Mon père était un beau mec, sportif, original, marchand de tableaux à l’époque où ça ne rapportait rien. The se moquait de l’argent. Des gens se construisent contre leur famille; moi, ça ne m’est jamais venu à esprit. Pourtant, on a dû se débrouiller seuls très jeunes, mais j’aimais la fantaisie de mon père. The avait racheté une maison qui donnait sur un cimetière désaffecté et avait gardé deux pierres tombales sur lesquelles the avait installé the grill of the barbecue. Ça choquait tous les gens du village de le voir en caleçon tourner ses brochettes of him.

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Le livre est un long hommage à Manet. Pourquoi him?
Je peux rester des heures dans la salle Manet à Orsay. Autant Van Gogh, ça tombe sous le sens, autant Manet, plus je regarde ses toiles by him, plus elles me paraissent énigmatiques. J’ai aimé cette fausse évidence, la tension sexuelle qui émane de ses tableaux of him, le portrait de cette bourgeoisie … Et puis, en me penchant sur sa vie di him, ce qui m’a frappé, c’est la haine qu ‘il a subie. Tout ce qu’il proposait était refusé. Et même au Salon des refusés, ses tableaux of him is accrochés à 3 mètres du sol pour éviter que les visiteurs les déchirent. Alors je voulais absolument écrire sur lui. Quand j’étais très malade, je pensais à Édouard. Ce que j’ai pris dans la tête, c’était une attaque nucléaire personnelle. On m’a greffé un bout de jambe à la place de la mâchoire… Imaginez le renversement dans une vie! Alors Manet, ce cheminement d’un homme qui meurt dans d’atroces souffrances à 51 ans… Ça m’a d’autant plus parlé.

L’écriture de ce livre vous a aidé à guérir?
Je l’avais commencé avant de savoir que j’étais malade. J’allais bien. Et puis, j’ai eu mal aux dents et on m’a annoncé que j’avais un cancer de la mâchoire. J’ai regardé mon manuscrit et j’ai eu peur. Je me suis dit: “Tu t’es attaqué à quelque chose de maudit. Tu n’aurais jamais dû toucher à ça. ” When je suis parti à l’hôpital, j’ai pensé que je pourrais continuer à écrire. Et rien du tout. Le livre restait posé sur la table, je rejetais le truc auquel je tenais le plus. Après la chimiothérapie et la radiothérapie, j’avais tellement de douleurs que je suis allé voir un coupeur de feu. Je n’y croyais pas et le gars ne m’a pas aidé du tout. Mais en regardant par la fenêtre de son bureau of him, j’ai vu la tombe de Manet, juste là. J’ai pris ça comme un signe. Et j’ai fine le livre. Comme je ne suis pas conservateur ni historien dearte, j’ai écrit quelque chose d’extrêmement libre, personnel et sensible. Je ne voulais surtout pas d’un bouquin de journaliste sur le journalisme.

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“J’ai adoré la télé! Mais j’ai constaté qu’elle transmet seulement une partie de la culture – le divertissement – et oublie le reste.”

© Virginie Clavières / Paris Match

Vous êtes dur avec le petit écran et le traitement qu’il a de la culture. Ce n’est pas un peu ingrat pour quelqu’un qui ya passé tant d’années?
J’ai adoré la télé! Mais j’ai ascaté qu’elle transmet seulement une partie de la culture – le divertissement – et oublie le reste. Moi qui suis un fan de rock, je ne suis pas contre, au contraire, mais limiter la culture à la musique, c’est réducteur. Combien de fois les talk-shows ont reçu Pierre Soulages à la place de Garou? Jamais. Alors que pour l’Exposition universelle de Chine, in 2010, on a réclamé à la France trois choses: les malls Vuitton, les films de la nouvelle vague et “Le balcon” de Manet. Pas de chanteur de variété …

Vous déplorez que l’Éducation nationale non plus ne s’intéresse pas à art. Comment l’expliquez-vous?
The ya eu une cassure between the bourgeoisie balzacienne et l’arrivée des nouveaux riches. Quand la France a commencé à gagner de l’argent, au lieu, comme les familles russes ou américaines, de se ruer sur Cézanne et Gauguin, elle a préféré dell’arte pompier [autre nom donné à la peinture académique, NDLR] ou rien du tout. Les Français ont tout inventé et ont tout rejeté. When Bacon et Warhol se sont installés à Paris, ils vendaient partout sauf chez nous. C’est un problème d’éducation. À la mort de Manet, the ensemble de son œuvre of him a été vendu pour 110000 francs… le tarif d’un seul Meissonnier! Et c’est quand même autre chose. Désormais, on se rue sur arte comme on s’est rué sur l’or, on rattrape le retard.

Est-ce que ce retard n’est pas aussi dû à a certain manque d’accessibilité?
J’étais très gourmand when j’étais petit, et ma grand-mère plaçait le pot de confiture en haut de armoire. Elle me disait: “Il faut faire un effort pour l’atteindre. Comme tout dans la vie. ” Tu ne deveens pas un prodige en regardant un piano, il faut s’y mettre! On ne peut pas se cacher derrière la complexité d’une matière pour ne pas s’y intéresser. Aucune piqûre ne va t’injecter “Guerre et paix”. C’est presque une affaire religieuse, le lien à la culture. Quand on a des problèmes sentimentaux, familiaux, de boulot, d’argent, on se raccroche à quoi? À la musique, au cinéma, à art.

L’art contemporain a la même valeur à vos yeux que les peintres des années 1800?
À ceux qui regardent the art conceptuel avec un certain dédain, je les invite à aller voir cette performance de Marina Abramovic, où elle était assise dans une pièce. À un moment, un type très beau sort de la foule, the s’assoit face à elle sans rien dire, et là leurs visages di lei se décomposent et s’inondent de larmes. C’est d’une beauté phénoménale. Comme les fleurs que peignait Manet à la fin de sa ways of him. Les artistes actuels les adorent parce qu’on sait qu’il était paralysé, il ne pouvait pas peindre autre chose que ces pots translucides. C’est tout un symbole, ces fleurs. When on a chance d’aimer ça, the art is une force indescriptible.

Combien d’émissions de télé ont reçu Pierre Soulages à la place de Garou? Aucune!

Vous commencez le livre avec Berthe Morisot, maîtresse de Manet et peintre de talent longtemps ignorée. C’était important de parler aussi des artistes féminines?
Aujourd’hui, les artistes les plus reconnus sont des femmes – Laure Prouvost, Tatiana Trouvé, Claire Tabouret… -, maize à l’époque même Manet était misogyne. Il a quand même écrit: “Les sœurs Morisot sont extraordinaires, mais ce serait mieux si elles étaient des hommes”, alors que Berthe était sa maîtresse of him. There is moment-there, the rapport hommes-femmes in the art était proche de celui de Hollywood il ya encore quelques années. Il y avait tout ce mystère de l’atelier secret de Manet, lieu de son travail of him acharné of him mais aussi de ses amours clandestines of him. Sa relation of him avec ses modèles of him rappelle cella de cinéastes comme Truffaut, qui a noué des relations avec toutes ses actrices of him, ou Hitchcock, qui fantasmait sur Grace Kelly.

Tous n’ont pas eu des comportements toujours exemplaires… Séparer Artisti de son œuvre, c’est possible selon vous?
L’art et la morale sont des choses qui ne se rencontrent pas. On commence à parler de la personnalité de Picasso avec beaucoup de précaution parce que son œuvre of him a tellement marqué la peinture que c’est très délicat. Mais lui c’était un monstre. Deux de ses femmes of him if sont quand même suicidees par sa faute of him… Céline n’était pas la sainteté incarnée non plus, but he c’était un écrivain fantastique. La difficulté de notre époque est qu’il faut tenir compte d’un mouvement féministe légitime sans sombrer dans anachronisme. It is worth considering that all there is in correspondence with the moral of aujourd’hui doit être détruit, plus 80% of the films hollywoodiens doivent disparaître.

“Autant en emporte le vent” a bien été “censuré” …
Les Américains ont toujours été des puritains un peu hypocrites. On censure à Hollywood alors that the vallée d’à côté est le temple du porno… The problème, c’est qu’une œuvre doit être ambiguë pour être intéressante, autrement c’est une affiche publicitaire. Et c’est là la difficulté de juger de tout ça. Mais ce n’est quand même pas une raison pour accepter les écarts de salaires ni que les filles soient importunées dans la rue.

Vous étiez déjà dans les medias à l’époque où le harcèlement y sévissait. Vous êtes-vous questionné sur your comportement passé when #MeToo a explosé?
Quand j’étais prof, un jour, en rentrant chez moi, j’ai trouvé dans mon escalier trois de mes étudiantes. L’une d’elles me dit: “M. Durand, on aimerait beaucoup jouer du pipeau avec vous. ” C’était peu de temps après the affaire Gabrielle Russier [cette professeure de lettres de 32 ans condamnée en 1969 pour avoir vécu une histoire d’amour avec un de ses élèves, mineur, NDLR], j’ai eu une trouille terrible, je les ai virées de la vite fait. J’ai bossé avec beaucoup de femmes – Catherine Nay, Alba Ventura, Caroline Roux – et jamais je n’ai envisagé de les faire chier. Je crois que c’est une question de personnalité. Je préférais faire carrière que de me lancer là-dedans. Et je me suis marié jeune. Vous savez, si ça m’avait concerné, depuis le temps, tout le monde serait au courant. J’ai d’autres défauts mais pas celui-ci.

Pourquoi, à votre avis, y at-il eu autant de dérives dans les médias?
Au cinéma, il ya peu d’élus, et tu peux passer à côté de grands rôles si tu ne couches pas. Hollywood a fonctionné comme ça pendant des années et s’est appuyé sur des relations ambiguës. Combien d’acteurs se sont mis en couple entre eux? On se rappelle cette histoire de Sinatra qui débarque sur un tournage en Afrique du Sud parce qu’il avait peur qu’Ava Gardner ne graves dans les bras de Clark Gable… qui s’était déjà jeté sur Grace Kelly! Les medias sont devenus un petit Hollywood, donc, à une tout autre échelle, ils sont un peu tombés dans les mêmes travers. J’ai connu ça avec certains de mes producteurs, qui avaient un rapport malsain avec les chanteuses débutantes qui les approchaient. C’est triste à dire, mais, à l’époque, c’était un sujet de plaisanteries …

HOMMAGE À MANET C’est un objet littéraire non identifié. Plus qu’un livre de poche, presque un beau livre, rempli des grandes œuvres de Monet, Van Gogh, Picasso et tant d’autres. Le récit de la vie d’un homme, Édouard Manet, sert ici de prétexte for speaking of ses confrères et héritiers about him. Au milieu de tout ça, on trouve Guillaume Durand. Le petit garçon discussant avec sa mère de Van Gogh pour la première fois, la mort de son per him, la maladie qui s’est abattue sur him… Des petites anecdotes qui irriguent un ouvrage complet, intimate et instructif. «De tous les livres que j’ai écrits, c’est celui que j’ai le plus envie que les gens lisent. C’est le plus personnel. Je crois sincèrement qu’il peut être useful », says the author. CD

The source média référencée est manquante et doit être réintégrée.

«Déjeunons sur l’herbe», éd. Bouquins, 29.90 euros. Sortie the 1st September.

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