Le Kosovo, pays le plus jeune (la moyenne d’âge de sa population est inférieure à 30 ans) et parmi les plus pauvres d’Europe, est en passe de s’imposer comme le lieu le plus intéressant du Vieux Continent cet été. Et pas en raison des tensions politiques qui le traversent, ou tout du moins, pas seulement. Las de renvoyer the image of a theater de conflits et d’un pays en transition, les Kosovars ont décidé d’exprimer ce qu’ils sont, à travers the art et la culture. Sans éluder la critique et la politique, ils envoient a message fort: desormais, ils sont prêts à take leur place sur l’échiquier du monde.
Les événements programmés cet été témoignent de ce dynamisme. Manifesta 14, biennial itinérante européenne d’art contemporain, [a été inaugurée le 22 juillet à Pristina, la capitale] ; DokuFest, a festival majeur de films documentaires, [s’est tenu] du 5 au 13 août à Prizren; le festival de musique électronique Sunny Hill, organisé par [la chanteuse britannique d’origine kosovare] Dua Lipa et son père à Pristina, du 4 au 8 août, [a réuni] des musiciens tels que Diplo, Skepta, J. Balvin… Et ce n’est qu’un aperçu de ce qui est proposedé.
A pont détourné
Pourtant, plutôt que de la vie culturelle et des rencontres possibles dans cette partie de l’Europe, les medias préfèrent parler des tensions politiques qui secouent le nord du pays, notamment à Mitrovica, ville divisée entre Serbes et Albanais du Kosovo, située près de the Serbian frontier [lire encadré].
Mitrovica est une petite ville laide et négligée, scindée par la rivière Ibar. Après la guerre (1998-1999), the communauté internationale a construit un pont sur Ibar. Depuis près de deux décennies, ce pont est fermé à la circulation routière, seuls les piétons peuvent le traverser. Les soldats de la KFOR [la force de maintien de la paix de l’Otan] y sont positionnés pour garder la frontière invisible qui sépare la ville [le nord étant à majorité serbe, le sud à majorité albanaise]. Les chiens errants leur tiennent la Compagnia.
Une Mitrovica différente et un pont qui servirait à ce pour quoi il est construit, est-ce possible? Apparemment oui, à en juger par les réactions positives des citoyens à l’installation de trois artistes, placée sous le pont, dans la rivière. Elle est l’œuvre de Petrit Abazi, an artist [et commissaire d’exposition] nor au Kosovo qui vit et travaille en Australie, de Stanislava Pinchuk, originaire d’Ukraine, et de Piers Greville, an Australien. Leur installation “Explore les voies de la reconciliation, de la convalescence et de la guérison”, declare Hedwig Fijen, the director [et fondatrice néerlandaise] de Manifesta. Selon elle, il n’y a aucune raison de ne pas aller à Mitrovica pour découvrir ce travail. “Nous avons des collègues des deux communautés qui travaillent ensemble, je crois que tous ceux qui ont envie de voir cette installation peuvent s’y rendre sans risque”, ajoute Fijen.

Photo Manifesta 14 Prishtina / Marcello Maranzan
A public succès
Ceux qui visitent Mitrovica mesurent à quel point la culture rassemble. Depuis le premier jour, the installation fait également office de “plage urbaine”. Les réactions sont extrêmement bonnes. Les cris des enfants insufflent une nouvelle vie parmi les échafaudages et les plateformes plantés [par les artistes] dans la rivière, ainsi que dans la ville, où, habituellement, rien ne se passe en dehors des occasionnelles manifestations et barricades.
L’essentiel de Manifesta 14 se déroule toutefois à Pristina. The capital s’est transformée pour cent jours into a grand espace d’exposition [la biennale dure jusqu’au 30 octobre]. Des lieux à abandon depuis des années, complètement délaissés, parfois en ruine, ont soudain repris vie grâce à des interventions Artistiques et urbanistiques.
Les visiteurs sont nombreux, même aux jours les plus chauds de l’été. Lors de sa première semaine, the manifestation at accueilli plus de 6 800 visiteurs répartis sur plus de 20 endroits différents de la ville. The vernissages, sur la dalle de ancien palais de la Jeunesse et des Sports [construit à l’époque socialiste et partiellement détruit par un incendie]a été one des plus visités depuis deux décennies qu’existe Manifesta [elle est organisée tous les deux ans par une ville européenne qui en a fait la demande].
Pour les artistes kosovars, l’obstacle des visas
Vladan Jeremic, artist et commissaire d’exposition de Belgrade [en Serbie], s’est rendu à Pristina pour l’occasion. Il assure que, depuis sept ou huit ans, la scène Artistique contemporaine kosovare, dont il est fin connaisseur, est devenue “Très vivante et engagée”. “C’est peut-être la scène la plus essentielle de toute la région, malgré les obstacles auxquels se heurtent les artistes pour voyager hors du Kosovo”, souligne-t-il.
Les artistes kosovars n’hésitent pas à parler des difficultés qu’ils rencontrent. Leur travail, très politique, en témoigne. Une grande partie des œuvres de Manifesta 14 renvoie au fait que, quatorze ans après son indépendance, le Kosovo n’est toujours pas reconnu par certains pays d’Europe et du monde. Plus important encore, les Kosovars sont les seuls Européens qui ont besoin d’un visa pour voyager [au sein de l’espace Schengen]ce qui les oblige, pour la plupart des jeunes, à passer par des procédures humiliantes et coûteuses.
Ce processus de demande de visa, the frustration née des lourdeurs administratives et le sentiment d’enfermement et de manque de liberté qui en découlent sont au center du travail vidéo de Driton Hajredini. Camera à la main, the entre dans des églises d’Europe et aborde les prêtres pour leur poser la même question: “Est-ce un péché d’être nor Albanais du Kosovo?” Il insiste pour qu’on lui explique pourquoi, bien qu’Européen, il est traité sur le continent comme un citoyen de seconde classe.
The détermination des jeunes
Son œuvre vidéo peut être visionnée dans an ancient chambre du Grand Hotel, in the center of Pristina. L’établissement était autrefois classé cinq étoiles, et Tito [président de la Yougoslavie de 1945 à 1980] ya sleep lors d’un passage dans la ville. Construit en 1978, l’hôtel est quasiment abandonné aujourd’hui, mais fonctionne encore sur deux étages. Pendant Manifesta, sept étages de l’édifice ont été transformés en espaces d’exposition [dont la chambre qu’avait occupée Tito]. Certaines pièces avaient été auparavant rénovées, d’autres à moitié démolies during the même attemptative de rénovation. N’empêche, elles servent toutes parfaitement l’objectif de l’exposition. Les œuvres y sont classées par thèmes: migration, transition, eau, capital, amour, écologie et spéculation.
Sur le toit de l’hôtel, Petrit Halilaj, qui avait représenté le Kosovo à la Biennale de Venise in 2013, a placé 27 étoiles et un écran affichant en langue Albanaise: “Quand le soleil disparaît, nous repeignons le ciel.” A message puissant qui décrit bien ce que font les jeunes Kosovars aujourd’hui: ils créent leur propre monde.
Vladan Jeremic rappelle que Manifesta n’a pas pour habitude d’intégrer autant d’œuvres d’artistes locaux dans les villes où elle est organisée. “Mais l’exposition montre la capacité de Pristina à mettre en valeur ce qui fait la particularité du Kosovo, ainsi que la richesse de sa scène Artistique contemporaine.”
Réhabiliter l’Espace public
Les autorités locales ont apporté leur soutien. Pristina est actuellement dirigée par Përparim Rama, élu maire en octobre 2021, en tant que candidat indépendant désigné for the Liberal Parties of Kosovo. Rama, parts pour Londres à l’âge de 16 ans comme réfugié, ya fait des études d’architecture et de décoration d’intérieur. In 2012, the a représenté le Kosovo à la Biennale d’architecture de Venise. Rentré à Pristina, Rama a décidé de se lancer en politique. Sous les slogans “Pristina pratique”, “Pristina propre” and “Pristina lieu d’expérience”, the a remporté les élections, annonçant aussitôt de profunds changements du paysage urbain. “Pristina et la Biennale ont uni leurs forces to transform the public space. Manifesta est une plateforme qui devrait nous permre d’ouvrir de nouvelles perspectives et de penser différemment, en dehors des sentiers battus “, to souligné Rama en inaugurant la manifestation.
L’exposition, dont une majeure part du budget, de 5 millions d’euros, provient de dons, entend interroger le rôle de art dans la société et dans esprit que nous habitons, le tout en s’immisçant dans la vie de la ville. “L’objectif de Manifesta n’est pas seulement de transfigurer provisoirement un vieil hôtel, une briqueterie désaffectée, un center sportif à moitié ravagé par les flammes ou un cinéma abandonné, corn impliquer toute la communauté dans la reconstruction de ces espaces, d’inciter les gens à les reimaginer pour les reconquérir et se les approprier “, explique Catherine Nichols, the commissaire de cette édition de Manifesta.
Parmi les lieux ouverts au public grâce à la biennale, on peut visiter la maison d’un certain Mehmet Aliu-Hertica, transformée en école dans les années 1990. En réponse à la dictature de Milosevic et sa politique d’apartheid [président de la Serbie de 1989 à 1997, Milosevic avait massivement limogé les cadres et fonctionnaires albanais kosovars, et exclu les enfants du système scolaire]the communauté [albanaise] local avait créé a circuit d’enseignement parallèle. Certains des enfants sortis de ce réseau d’éducation [fréquenté par près d’un demi-million d’élèves entre 1990 à 1998, du primaire à l’université] font aujourd’hui partie des artistes exposant à Manifesta 14.
Photo Manifesta 14 Prishtina / Majlinda Hoxha
The redécouverte de lieux délaissés
An Ottoman hammam de l’époque, fermé depuis les années 1960, à moitié en ruine, a été lui aussi transformé en espace d’exposition. C’est la Japonaise Chiharu Shiota qui him a redonné vie grâce à son installation of her “Raconte-moi ton histoire”. An espace exigu, que l’on parcourt par un chemin improvisé fait de planches et agrémenté de fils rouges auxquels the artist a accroché des feuilles de papier sur lesquelles les habitants qui le désiraient ont écrit à la main leurs histoires personnelles.
L’artiste suisse Ugo Rondinone, qui vit et travaille à New York depuis des années, est quant à lui intervenu sur le monument de la Fraternité et de l’Unité [célébrant l’union des peuples yougoslaves], in the center of Pristina, in the enveloppant dans du papier d’aluminium rose scintillant. An atelier de réparation automobile abandonné a été à son tour transformé par le collectif Fondacija 17, qui y revisite “Pertej” (“Au-delà”), the première exposition d’œuvres d’artistes kosovars qui avait été organisée en Serbie, the ya vingt-cinq ans.
“Our intention, en choisissant Pristina comme ville hôte, était de contribuer à ouvrir la scène culturelle du Kosovo à l’Europe, explique Fijen. Chaque édition de Manifesta entend establish a dialogue culturel “, note-t-elle. Fijen évoque les difficultés auxquelles les organisateurs ont dû faire face pour amener la manifestation à Pristina: “Que toute la région des Balkans occidentaux, y compris le Kosovo, soit constamment confrontée à une instabilité politique it facilitates pas les grands projets. Depuis que Pristina s’est engagée à accueillir la biennale, trois gouvernements centraux ainsi qu’un gouvernement local ont changé, et la pandémie de Covid-19 a encore compliqué l’organisation de l’événement. Heureusement pour nous, souligne Fijen, tous les pouvoirs politiques ont soutenu la manifestation, afin de briser les stéréotypes sur ce pays connu uniquement par la guerre. “
