“Kassav, avec sa musique traditionnelle modernisée, proposait quelque chose d’inédit”

The chanteuse du plus célèbre groupe de zouk retrace the chemin parcouru dans une autobiographie enthralling, “Loin de l’Amer”. Elle y évoque son rapport of her à la langue créole et à l’identité antillaise et un féminisme libérateur.

Kassav, groupe antillais de légende here invents the zouk à l’aube des années 80, he doit quelques-uns de ses grands succès: Mové Jou, Milans, Pa Bizwen Palé ou Soleil. La Martiniquaise Jocelyne Béroard, chanteuse, parolière et performeuse endiablée de 67 ans, en est le pilier féminin depuis bientôt quarante ans: une vie dansée Kolé Séré (un autre de ses tubes) et à guichets fermés avec des musiciens visionnaires, qu’elle raconte aujourd’hui pour la première fois dans son autobiographie, Loin de l’Amer. Elle y documente de intérieur la saga d’un groupe à la longévité exceptionnelle, here continue, un an après la mort de son leader, Jacob Desvarieux (1955-2021), de remplir des Zénith. Du zouk, groove antillais à la fois traditionnel (“Kassav” est le nom créole de la galette de manioc) et moderne devenu la musique la plus exportée de France, elle fait aussi le fil rouge de son propre cheminement identitaire et féministe, entre sa jeunesse insulaire marquée par le tabou de l’esclavage et les codes d’une bourgeoisie blanche, son amour grandissant pour la langue créole and the prize de conscience de son africanité dans la France métropole. Elle ya vécu la moitié de sa vie di lei, mais lei s’est toujours sentie plus antillaise que française. Entre deux avions, elle fait l’ventaire d’une double culture haute en couleur et questionnée avec lucidité.

Bonnes manières

“J’ai reçu, avec mes cinq frères et sœurs, ce qu’on appelle une éducation bourgeoise. Cela signifiait, dans une société antillaise encore marquée par l’esclavage et immagine de sauvage qu’avait l’Africain, se comporter “Convenablement”, apprendre les bonnes manières pour obtenir le respect. Parce que si vous étiez malpoli, les portes se refermaient. Pour ma mère, professeur d’anglais, et pour mon père, surgeien dentiste, cette éducation à la française était la clé de la réussite, la seule façon de grimper l’échelle sociale et d’avoir une “Situation” : pas une carrière d’actrice ou de chanteuse, ils me auraient interdit, mais un vrai métier, here allows de gagner sa vie. À l’école, j’apprenais que mes ancêtres les Gaulois vivaient de la pêche et de la cueillette. À la maison, nous parlions uniquement le français, une langue qu’il fallait manier parfaitement puisque les études se faisaient en France. “

Langue creole

“Le créole était spoke dans la rue. C’était la langue du juron, une langue puissante dont les mots, surtout négatifs, prenaient tout de suite un sens plus fort. When les insultes fusaient en français, pour viser comme d’habitude les mères et les putains, personne ne s’en émouvait, alors qu’en créole, cela pouvait finir en combat. Pour une femme, le simple fait de parler le créole était vulgaire. Nos parents le toléraient parce que c’était aussi la langue des Chanté Nwel (chants de noël), des chansons de carnaval et autres musiques traditionnelles antillaises: nous avions interdiction de le parler, mais nous pouvions le chanter dans certaines circonstances. En outre, ma mère ne pouvait s’empêcher de me rapporter certaines phrases en créole, pour m’en montrer toutes les saveurs. En me faisant découvrir sa beauté di lei, elle m’a, en sourdine, donné ama de cette langue. “

Esclavage

“” Il n’y a pas eu d’esclaves chez les Béroard “, répétait mon père. Évidemment, c’est plus compliqué. Mon père descendait bien d’un Bérouard blanc originaire de La Ciotat, ma la couleur de sa peau of him proves qu’il avait aussi des aïeux of African origin. Seulement, comme de nombreux Antillais, il n’avait pas envie de faire son arbre généalogique of him. Personne n’a envie d’être descendant d’esclaves, parce que c’est une douleur, a horrible souvenir, au point que les anciens esclaves ont préféré l’oubli. Ils sont devenus libres en silence, pour ne pas risquer de raviver le passé. Le traumatisme de la longue traversée en fond de cale dans des conditions épouvantables, anéantissement de leur humanité, le rabaissement constant des femmes noires – sur lesquelles les maîtres avaient droit de cuissage – et des hommes noirs, qui voyaient leur compagne accoucher d ‘ enfants métisses… tout concela a laissé des traces indélébiles. De cette histoire, mes parents ne disaient rien. La notion même de race était chez nous un non-dit. “

Beauté noire

“À 20 ans, je suis partie à Caen pour faire des études de pharmacie. À mon arrivée en France, j’ai été choquée de lire des articles sur la “Beauté noire”, comme si c’était quelque chose d’exceptionnel! Imaginez un article sur la “Beauté blanche”… J’ai moi-même pris tardivement conscience de ce que représentait ma peau noire. Mes parents ne m’ont pas éduquée avec cette notion de différence. Dans mon école de bonnes sœurs, fréquentée essentiellement par les descendants des anciens maîtres, on disait que la maîtresse faisait des préférences: la question du racisme, pourtant bien réel, ne seposteit pas. Nos standards de beauté étaient définis par nos Barbie d’Importation et nos poupées Beautiful blondes aux yeux bleus. Moi-même passais des heures tous les matins à démêler mes cheveux. Les avoir lisses facilitates la vie, c’était donc «mieux». J’ai commencé à aimer mes cheveux crêpus à adolescence, grâce aux écrits des Black Panthers et aux artistes afro-américains de Stax et Motown. Al Green, Stevie Wonder, Aretha Franklin… j’achetais tous leurs albums. Avec le mouvement “Black and Proud”, je me suis sentie revivre et j’ai adopté la coupe afro. “

Tambours africains

“J’ai grandi sans m’identifier à une musique en particulier, en écoutant aussi bien Sylvie Vartan and Michel Sardou on Radio Martinique que du jazz ou des chansons de carnaval. J’ai commencé à take conscience de ce qui constituait but culture noire en lisant un texte du percussionniste Henrie Guédon. Ce musicien antillais à l’éducation bourgeoise, comme la mienne, y parlit des musiques au tambour, que l’on n’écoutait jamais à la maison, mais qui me faisaient vibrer. À l’époque, the fallait aller dans les campagnes pour les entendre. Quand Guédon, formé au violon classique, enfant, a décrété qu’il voulait apprendre le tambour, c’était révolutionnaire! Sa quête of him a mené jusqu’à Cuba. La mienne a commencé à Caen. Dans la diaspora, j’ai enfin eu accès au reste du monde. Parmi mes amis antillais, Lionel, Guadeloupéen, avait beaucoup lu, notamment sur l’histoire des indépendances africaines. Il m’a fait découvrir tout un pan de ma culture. “

“Clairement, le zouk n’a pas été reconnu à sa juste valeur par les médias français. In 1985, aucune télé n’a parlé de notre premier Zénith, à part une émission de foot où nous avions un copain “

Zouk

“J’ai rejoint Kassav une première fois en 1980, puis de façon définitive en 1983. En tant que chanteuse, j’avais déjà tourné en Afrique et entendu toutes sortes de musiques, de la salsa au reggae, en passant par la soca de la Barbade… Je connaissais aussi toutes les vieilles biguines, les mazurkas et all the folklore de la Martinique. J’aimais ce qu’avait fait Malavoi, en ajoutant des violons, mais je voulais essayer quelque chose de différent, plus “roots”, plus percusssif, plus énergique, plus vrai, qui ne se conforms pas aux clichés “doudouistes” que la France avait des Antilles. Kassav, avec sa musique traditionnelle modernisée à coups de guitares électriques et de claviers, son travail of her sur les textes et les mélodies, proposait quelque chose d’édit; do not speak of it pas encore de zouk. Les Antillais s’y sont reconnus les premiers, à the inverse de la Compagnie Créole, par exemple, qui a d’abord été populaire en France. Le zouk est ainsi devenu un moyen pour nombre d’insulaires exilés de supporter la vie en France, les concerts de Kassav étant l’occasion de faire peuple, d’être en communion. Quarante ans plus tard, les Antillais restent fiers d’avoir eu un groupe qui les représente sans édulcorer leur culture. “

Féminisme

“En tant que femme, j’ai dû m’imposer dans un groupe d’hommes régi par des règles tacites propes à toute la société antillaise: même les femmes qui avaient de autorité devaient éviter de rabaisser l’homme en public et maintenir l’illusion qu’il était le chef du foyer. Cela valait pour mes tantes et ma mère. J’ignore si j’étais féministe, mais j’étais une femme qui voulait être libre. Des figures comme Euzhan Palcy, the director of the film Rue Cases-Nègres, ont été des modèles pour moi. Dans mes textes, je voulais moi aussi encourager mes copines à être des battantes. Je n’imaginais pas the impact que mes chansons auraient sur les femmes. J’ai été très étonnée la première fois que l’une d’elles m’a arrêtée dans la rue pour me remercier d’avoir talked de sa vie di lei dans Mové Jou. Au-delà du plaisir ressenti, cela m’a encouragée à continuer. “

Amère homelands

“Clairement, le zouk n’a pas été reconnu à sa juste valeur par les médias français. In 1985, aucune télé n’a parlé de notre premier Zénith, à part une émission de foot où nous avions un copain. Idem pour les producteurs, qui ne se sont intéressés à nous que parce que nous avions du succès en Afrique. Certains nous avaient même suggéré au début d’abandonner le créole pour chanter en français. Or, notre public a toujours été très mélangé. C’est dommage que la France puts it pas mieux en avant sa diversité. On nous répète sans cesse: «Vous êtes la France. »Or, nous sommes à 8 000 kilomètres et notre histoire est différente. Les Antillais ont tout appris de la France, maize la France n’a rien compris aux gens de la-bas. Heureusement, dans le groupe, nous n’avons jamais laissé amertume nous dominer. C’est la force de Kassav et de sa musique by him, antidote aux idées négatives. Grâce à nos tournées à l’étranger, nous avons can take from the distance, in all senses of the terme. “

À lire

Loin de l’amer, de Jocelyne Béroard, éd. Le Cherche midi, 328 p., € 19.50 (métropole), € 22 (Antilles).

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