Humoristes cherchent «safe spaces» | La Presse

Harcèlement en ligne, blagues sexistes, sous-représentation féminine, culture du silence: des humoristes n’entendent plus à rire. Elles sont «fucking tannées», «exténuées», «fâchées». Et certaines aménagent leurs propres «safe spaces» (espaces sûrs), si de tels lieux existent.

Publié at 7h00

Charles-Éric Blais-Poulin

Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

La chute de Philippe Bond, accusé par huit femmes d’inconduites et de violences à caractère sexuel dans une enquête de La Presseto bring a nouveau coup dur dans le milieu de l’humour québécois.

“Tout est frustrant, mais c’est surtout le laxisme et la passivité de nos collègues masculins qui m’offusquent”, rage au bout du fil Alice Lefèvre, qui performe sous alias RadicAlice. «La culture de impunité, ça met tout le monde en danger. ”

Pour faire obstacle à un «milieu toxique», la jeune comique et son collègue Mathieu Chiasson officient au Snowflake Comédie Club. instar d’un “flocon de neige”.

Ces soirées de stand-up, qui sont décrites comme un “safer space” (espace plus sûr), se veulent inclusives, paritaires et progressistes. Bref, foncièrement et fièrement wokes, n’en déplaise au premier ministre du Québec. Coco Belliveau, Mégan Brouillard, Alexandre Forest, Tranna Wintour ou encore Colin Boudrias y sont passés.


PHOTO JEREMY KURZ, TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DU SNOWFLAKE COMÉDIE CLUB

Alice Lefèvre, aka RadicAlice

“Le fait d’avoir des soirées paritaires, de ne pas être la seule personne qui n’est pas un gars dans la loge, c’est la base”, croit RadicAlice, here with a premier spectacle only, Fragile. «Ça crée déjà un milieu plus sécuritaire qui nous éloigne de la conversation de vestiaire. ”

Dans le même ordre d’idées, le Zoofest a présenté plus tôt cet été The Queer shows, construit uniquement grâce à des talents de la “communauté LGBTQ2S +”. «Les femmes autant que les personnes queers et marginalisées se sont rendu compte qu’elles devaient take soin les unes des autres», notes Alice Lefèvre.

Plus “safer” que “safe”

Malgré toutes les précautions, RadicAlice – pseudonyme naguère choisi pour éviter les attaques en ligne – regrette d’avoir déjà échoué à assurer des évènements 100% «sûrs». Comme cette fois, raconte-t-elle, où a connue figure dans le milieu de l’humour émergent s’est présentée dans une soirée en plein air du Snowflake Comédie Club. The organizer, here connaissait l’homme ni d ‘ Eve ni d’Adam, a été informée qu’il s’agissait de the agresseur présumé d’une spectatrice en route vers l’évènement.

«Il a fallu que je gère tout ça, alors que tous les gars sur le site étaient au courant», déplore-t-elle avec ces questions en tête: «Pourquoi vous n’avez rien fait? Pourquoi vous n’êtes pas allés le voir? Pourquoi vous n’êtes pas venus me parler? ”

L’humoriste, qui reconte avoir elle-même été victim de harcèlement en ligne de la part d’un confrère de la relayve, fait un lien avec la “culture du silence” qui a longuement précédé les révélations médiatiques sur des personnalités comme Gilbert Rozon , Éric Salvail and Julien Lacroix …

Les gars ne sont tellement pas habitués de se watcher entre eux. Pourquoi tous les hommes qui savaient des choses sur Philippe Bond n’ont rien dit? C’est parce qu’ils s’attendent à ce que, quand eux vont faire des merdes, les gars ne disent rien. Je suis fucking tannée.

Alice Lefèvre

On Facebook, a groupe privé d’environ 80 women here is evolving in the industry of affichent leurs expériences malheureuses avec des collègues comme autant de mises en garde sororales.

«On est fatiguées», confirme au téléphone Emna Achour, former sports journalist here at migré vers l’humor. «Ce sont des noms qui sont connus depuis des années et il ya une culture du silence. En haut, ça le sait et ça continue d’embaucher ce monde-la, comme on a vu aussi avec Hockey Canada. On est tannées parce que nous, on parle, on dit des choses, mais on ne nous écoute pas. ”

Des listes à défaut de mieux

In 2019, a courriel anonyme envoyé à des medias et des members de l’Industrie Listait 21 humoristes et auteurs du Québec qui auraient eu des “comportements problématiques avec les femmes”.

“On utilize des lists pour avoir un outil commun et regrouper les pistes”, explique RadicAlice, sans faire référence à cette initiative précise. «C’est un mécanisme de protection entre nous pour nous garder en sécurité. Ça remonte à ces vieilles listes de clients que les travailleurs du sexe cachaient dans les toilettes. Mais ce n’est pas une solution de réparation. Ce n’est pas ça qui va changer le milieu. ”

Quid de ce milieu? En 2018, Christelle Paré et François Brouard, du Groupe de recherche sur the industrie de l’humour, en ont offert an aperçu dans une enquête sur la perception de l’égalité entre les sexes.

Quatre femmes sur cinq (78%) and disent avoir été victimes ou témoins au moins «quelques fois» of «paroles à caractère sexuel désobligeant» of the part of a collègue. Plus de la moitié (52%) of respondents affirment par ailleurs avoir subi ou observé des «gestes à caractère sexuel désobligeant» in the cadre de leur travail. C’est sans compter que près de deux femmes sur trois (64%) croient qu’elles risquent “de passer pour une chialeuse et d’entacher leur réputation si elles se plaignent d’une situation sexiste à un membre de industrie” .

Des talents féminins

In a geste de “color” and “empowerment féminin”, Emna Achour cofondé in 2019 the collections and the soirées Les Allumettières en companies des humorists Dear Monast, Isabelle Monette and Yasmeen Gregs. Le nom de l’organisation renvoie à des ouvrières syndiquées qui ont tenu tête aux patrons de l’usine de fabrication d’allumettes EB Eddy, à Hull, dans les années 1910 et 1920.


PHOTO JULIE LEBRUN PHOTOGRAPHE, TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK D’EMNA ACHOUR

Emna Achour, co-founder of the Allumettières

Les spectacles des Allumettières, qui doivent represe à automatre, présentent exclusivement des humoristes femmes ou non binaires. Posons la question sans détour à Emna Achour: juge-t-elle le milieu de l’humour toxique? “Oui,” replied the jeune femme. Des initiatives like Les Allumettières en sont des voies de contournement, précise-t-elle.

Je suis capable de naviguer dans ce milieu-la, mais quand tu veux monter les échelons, il n’y a pas mille choix. Il ya Juste pour rire, ComediHa!, Le Bordel… Si ces places-là continuent d’embaucher des personnes problématiques, c’est quoi, mon option?

Emna Achour

De leur côté, Noémie Leduc Roy et Anne-Sarah Charbonneau, diplômées de l’École nationale de l’humor (ENH) respectivement en 2020 and en 2021, ont lancé le Womansplaining Showdont le titre fait écho au “mansplaining” ou à la “mecsplication”, c’est-à-dire la propension de certains hommes à s’arroger des connaissances avec condescendance et paternalisme.

The slogans of the series? «Détruisons le patriarcat une blague à la fois! »Depuis l’été 2021, Katherine Levac, Judith Lussier, Marie-Hélène Racine-Lacroix, Michelle Desrochers ou encore Zach Poitras ont dilaté des centaines de rates féministes et« alliées ».

“Ce dont je suis le plus fière, ce sont toutes les amitiés qu’on a créées dans les loges”, explique Anne-Sarah Charbonneau, qui était l’une des deux seules femmes parmi les 14 étudiants de sa cohorte à l’ENH .

En tant que jeune diplômée, Anne-Sarah Charbonneau at the impression that the interactions between the women and the men in humor évoluent pour le mieux.


PHOTO ARIANE FAMELART, TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DU WOMANSPLAINING SHOW

Anne-Sarah Charbonneau, co-animator du Womansplaining Show

On apprend tellement d’affaires: le consentment, le respect. Il ya une prize de conscience, il ya quelque chose qui change et ça fait du bien.

Anne-Sarah Charbonneau

«C’est mieux maintenant, oui, humorist Emna Achour acquiesces. Mais c’était tellement de la bouette avant que même si c’est mieux, the reste encore de la bouette. Les listes qui circulent et les dénonciations, elles sont bien there. J’ai choisi dans la vie d’être une personne qui croit les victimes. Il ya encore beaucoup de noms qui sont là, et ces personnes continuent de faire leur vie comme si de rien n’était. ”

Sur Instagram, RadicAlice a récemment publié une courte vidéo qui fait image. Elle y explique que le milieu de l’humor ressemble à un vieux frigo qui lei pue. «Corn on sort juste un pot de pickles par année! À ce rythme-là, ça va être long. […] Il faudrait enlever toutes les tablettes et faire un ménage systémique », plaide-t-elle.

Mais pas question, en 2022, que seules les femmes portent les gants de caoutchouc et plongent les mains dans l’eau sale. «The responsabilité revient toujours aux victimes, dit RadicAlice. Les témoins, les organisateurs de soirées, les producteurs, les animateurs, les bookers, c’est quoi, leur responsabilité à eux? Personne n’a cette réponse-là. ”

Quelques pistes de solution

  • Guichet unique pour accueillir les dénonciations
  • Code de conduite clair et politiques proactives against the harcèlement de la part des diffuseurs
  • Sensibilisation et éducation auprès des humoristes masculins
  • Présence d’au minimum deux femmes dans chaque évènement
  • Soutien financier pour de l’aide psychologique aux victimes
  • Protocole de réhabilitation des agresseurs

Il est à noter qu’en 2018, dans la foulée de la sortie des Courageuses contre Gilbert Rozon, Juripop a mis sur pied le center de ressources L’Aparté, qui offers de l’compagnement juridique aux personnes qui font l’objet ou ont été témoins de harcèlement sexuel et psychologique dans le milieu de la culture.

Des blagues qui ne passent plus

Les trois organisatrices de soirées d’humour interviewées par La Presse souhaitent will offer a “safe space” autant dans les coulisses que sur la scène, dans la teneur des blagues. Au Snowflake Comédie Club, les propos grossophobes, transphobes, homophobes, sexistes ou racistes sont proscrits, sous peine de silence glacial, voire d’expulsion après un premier avertissement. «On ne parle pas de censure ici, mais de dignité», soutient RadicAlice, qui déplore une résurgence de gags du type «ma blonde est conne». Aux poubelles, les soirées d’humour trash ? «Not, précise la jeune autodidacte. Mais il faut s’assurer que le public est consentant. »Selon Anne-Sarah Charbonneau, du Womansplaining Show, tous les sujets sont matière à rire, pourvu que la posture soit empathique. «Ça se sent, un regard qui n’existe pas pour rabaisser, mais qui est curieux, intéressé. C’est l’angle qui change tout, et je pense qu’il ya des angles qu’on ne devrait plus emprunter sur scène, parce qu’ils font mal. ”

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