Si vous dénichiez la maison idéale, mais découvrez qu’elle borde un cimetière, l’argument du «voisinage tranquille» vous laisserait-il de marbre? Bon nombre d’acheteurs semblent éprouver a malaise à l’idea de fixer leurs penates à deux pas de stèles funéraires, ce qui women parfois des sueurs froides aux courtiers. Mais pour d’autres, ce n’est pas la mort à boire! Quel sens donner à ces réticences? Tâchons d’exhumer quelques réponses.
Publié hier at 12h00
Pour raviver le défi d’une vie, the suffit de parler au courtier immobileer Gabriel Laflamme de la maison lavalloise jouxtant un cimetière qui figurait dans ses inscriptions, il ya cinq ans: c’est la propriété qui lui a donné le plus de fil à retordre au cours de sa carrière. “When certains se présentaient pour visiter, ils sorgient de auto, voyaient que c’était à côté d’un cimetière, puis s’enfuyaient aussitôt, sans même entrer dans la maison”, se souvient-il.
Mise sur un marché pré-COVID-19 bien moins dynamique que celui d’aujourd’hui, the unifamiliale a nécessité de longues semaines de travail et de 70 à 90 visites – le triple de sa moyenne de l’époque – avant de finalement trouver preneur. Et ce, malgré un prix ajusté dès le départ, en deçà de la moyenne du quartier.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB GABRIELLAFLAMME.COM
The courtier Gabriel Laflamme a dû s’armer de patience pour dénicher un acheteur prêt à acquérir a maison dont la cour donnait sur un cimetière, dans un contexte pré-COVID-19.
«Il faut être patient pour trouver la bonne personne, car le bassin d’acheteurs est beaucoup plus restreint. Certains sont plus affectés que d’autres: ça dépend de la culture, de l’historique personnel… », notes M. Laflamme. Ses autres outils of him: put in avant les atouts de la propriété, tout en étant transparent, avec une note précisant la proximité d’un cimetière. Des aménagements tels que des haies naturelles cachant la vue sur les stèles peuvent aussi aider. Mais tout dépend aussi du contexte du marché, souligne le courtier RE / MAX: in 2020-2021, avec une demand au sommet, cette même propriété se serait envolée en une semaine …
Pas dérangeant, voire touchant
Si bien des acheteurs se montrent mal à l’Aise à l’idea d’occuper une maison voisine d’un lieu de repos éternel, ce n’est pas le cas de la famille de Véronique Lamontagne, here at acquis en 2017 une propriété à la lisière du cimetière Jardins Memorial Back River, in the Ahuntsic district in Montréal. Les tombes juste de l’autre côté de la barrière? Pas de quoi s’en faire.
Ce n’était pas vraiment un problème pour nous. C’est sûr que lors de la visite, when on a ouvert les rideaux de la chambre, on s’est dit que c’était un peu special, mais ça n’a pas été un facteur dans la décision.
Véronique Lamontagne, here to acquire a propriété à la lisière d’un cimetière
«Ça a surtout fait en sorte que la maison était un peu plus abordable que les autres propriétés du quartier», indique cells qui ya emménagé avec son conjoint et ses deux filles. L’aînée, âgée de 7 ans lors du déménagement, s’est montrée plutôt perplexe les premiers temps, puis lei s’est rapidement faite à l’idea de ces voisins pas comme les autres.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, THE PRESS
En ville, maisons et immeubles sont parfois construits très près des sites funéraires. Certains résidants, as Véronique Lamontagne, ne sont pas du tout incommodés par ce fait.
«J’imagine que des gens trouvent ça un peu morbide, mais c’est comme ça, on sait que notre vie a un début et une fin. Je ne trouve pas ça dérangeant », poursuit Mmyself Lamontagne. Le voisinage est-il donc si quiet, comme on aime le lancer à la blague? Généralement, oui: les funérailles, occasionnelles, y sont courtes et discrètes. En revanche, des travaux d’entretien (tonte de gazon et soufflage de feuilles) sont parfois effectués au petit matin. Des proches éplorés viennent aussi se recueillir sur la tombe de disparus. “C’est touchant, mais pas dérangeant,” insists Mmyself Lamontagne. Unusual fait: des rumeurs circulent dans le quartier au sujet de «rituels de sorcellerie» here if tiendraient dans le cimetière durant la nuit, ma la résidante dit n’avoir jamais rien vu de ses propres yeux of her.
La petite famille at-elle craint que la proximité du site funéraire ne nuise à une éventuelle revente? Pas vraiment: étant surtout heureuse d’avoir pu profiter d’un prix moins pimenté, elle est consciente qu’il sera aussi légèrement dégonflé si lei he prenait l’ée de déménager – ce qui n’est pas dans ses lei plans of her . «J’imagine que ça peut take plus de temps si on n’ajuste pas le prix, mais cela ne nous préoccupe pas trop», philosophe-t-elle.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, THE PRESS
Selon l’anthropologue Luce Des Aulniers, the effect produced for a lieu de repos peut être différent selon qu’il s’agit d’un “cimetière-jardin” or a “cimetière-nécropole”. Sur notre photo, the cimetière Notre-Dame-des-Neiges.
Le choc des temporalités
Cela étant, une grande partie de la population (quelque 80% selon the estimation du courtier Gabriel Laflamme) n’apprécie guère cette proximité mortuaire. Qu’est-ce qui se cache derrière cette froideur?
D’emblée, the anthropologue Luce Des Aulniers distinguishes les cimetières-jardins, bellement aménagés et plantés, des cimetières-nécropoles, or l’entassement des tombes peut créer un effet d’oppression, peuattryant. “C’est presque une métaphore sur le poids des morts porté par l’humanité”, lance l’iversitaire spécialiste des thèmes du deuil et de la mort, précisant toutefois que certains peuvent répugner à côtoyer tout cimetière, quel qu’en soit le style… tandis que d’autres s’en accommodent sans souci, dans le cadre d’une «culture de proximité».

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, THE PRESS
L’entassement des tombes peut créer un effet oppressant, indique Luce Des Aulniers, ce qui rend encore moins attryant la perspective d’occuper une residence située à proximité d’un cimetière.
“C’est une sensibilité qui various beaucoup selon les époques”, ajoute-t-elle, soulignant que le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, qui se trouvait loin de la densité urbaine à l’igine, se retrouve aujourd’hui enclavé par les espaces habités. Il ya certes des questions d’hygiène et de pollution, mais elles n’occupent pas le sommet des préoccupations.
«Actuellement, cette sensibilité est exacerbée par le fait que le cimetière implique a rapport au temps complètement différent de celui lié à notre quotidien, nos façons de vivre et d’habiter. Face à ce choc, il peut paraître comme une injure, même s’il peut être source de très belles manifestations esthétiques et Artistiques. Ce rapport se retrouve dans notre psychisme quotidien, cette résistance tout à fait compréhensible d’évitement de la mort », indique l’anthropologue de UQAM.

PHOTO TIRÉE DU SITE INFODEUIL.CA
The anthropologue Luce Des Aulniers, specialist of the question of our relationships with death and cimetières, offers intéressantes reflexions à ce sujet sur le site spécialisé infodeuil.ca.
Cette dernière souligne par ailleurs le rôle patrimonial de ces lieux, maize aussi pedagogique, impliquant «l’éducation à une certainine communauté de destin, qui nous rappelle que nous sommes mortels. […] The nous met en plein visage knows réalité supra-individelle, alors qu’on vit dans une société ultra-individualiste, c’est un rappel qui englobe nos existences “.
Et les croyances? Bien sûr, certaines sont toujours vives. “Il ya toutes sortes de mythes ethnoculturels, de mythologies personnelles ou collectives, de récits organisateurs de l’au-delà, qui persistent”, souligne Mmyself Des Aulniers, qui précise que la conception du sacré n’est pas fatalement religieuse, mais peut être liée au mystère.
Selon l’anthropologue, les cimetières restent de puissants déclencheurs de mémoire et d’imaginaire, here posent “the question of the place des morts devant the conquête of the space terrien et dans notre affectivité”. «C’est un beau champ ouvert! », Croit-elle her.



