ANALYSE – Bien avant que les médias ne s’intéressent au phénomène, le rappeur normand s’est fait l’écho de l’état d’abattement collectif qui frappe notre société en racontant, à travers son expérience, le quotidien d’une certainine jeunesse empêtrée dans l’ennui.
La vie des idées regorge concepts dont le sens se fixe dans esprit comme le sable sur les doigts. Parmi les expressions que les États-Unis ont le don de faire germer, on ne compte plus celles utilisées pour désigner un processus enclenché depuis quelques années, difficilement palpable et encore mal défini: la temptation de fuir une réalité trop complexe, un renoncement à mener les combats qui semblent perdus d’avance, un désintérêt du travail … Bref, une sorte d’abattement, de passivité collective, de flemme généralisée. On parle ainsi de “génération no sex” (pour illustrer la baisse des rapports sexuels entre jeunes adultes), de “big quitting” or “grande démission” (pour caractériser la progression sans précédent des démissions outre-Atlantique depuis la sortie de la crise sanitaire), de “great resignation” et, dernière formule à la mode, de “quiet quitting”: le fait de consacrer le minimum possible à son job – pas d’heures supplémentaires, déconnexion immédiate en dehors des heures imposées …
Cette “sécession des gens ordinaires”, selon le professeur au Collège de France Alain Supiot n’épargne aucun pays occidental. Elle ne date pas non plus du Covid, même si les confinements successifs l’ont accélérée. D’ailleurs, avant que les attestations de sortie et autres restrictions de circulation fassent irruption dans nos vies, un chanteur aujourd’hui incontournable au sein de la scène française, avait pointé du doigt cet état de léthargie qui s’est diffusé dans toute la société: the rapper Orelsan. In “Montre jamais ça à personne”, une série documentaire en six épisodes réalisée par son petit frère Clément Cotentin et diffusée sur Prime Vidéo, the artist raconte son ascension of him et, surtout, the dresse le portrait d’une jeunesse française empêtrée dans l’ennui.
All commence au début des années 2000. Aurélien Cotentin (plus tard Orelsan) is a jeune homme de la “classe moyenne moyennement classe”. The a déménagé à Caen après avoir grandi à Alençon. Le chef-town de l’Orne, à peine plus de 25.000 habitants, est le symbole ces petites prefectures mal aimées que l’on traverse sur la route des vacances, sans jamais s’arrêter. There where les belles pierres ne suffisent pas à attracter les jeunes couples au portefeuille plus garni que la moyenne. There where the taux chômage n’est pas endémique mais les emplois bien rémunérés se font rares. There, in the emergence of a France périphérique des villes moyennes, absentee of the media-culturelle sphère, telle que théorisée par le géographe Christophe Guilluy; miroir inversé du processus de gentrification des métropoles autrement appelée la “Ghettoïsation par le haut”.
“Chaque jour, 1,5 million of consommateurs réguliers s’adonnent à cette drogue” de la crétinisation “, qui altère peu à peu les capacités neuronales et la volunté”
Pierre Vermeren
À l’époque, Orelsan, casquette américaine lived on the tête, et ses amis passent la plupart de ses journées dans un appartement enfumé, mal rangé, affalés dans un canapé. Le reste du temps, les membres de cette bands of “losers ordinaires” vont en cours ou enchaînent les petits boulots, mais sans grande conviction. Le futur primé aux Victoires de la musique a décroché un poste de réceptionniste dans un hôtel où, pour occuper ses nuits où les clients qui défilent dans le hall d’accueil se comptent sur les doigts d’une main, the compose, pour tromper l ‘ennui, des chansons sur ses histoires d’amour chaotiques. Ce quotidien au ralenti, il le racontera dans son premier album by him (Perdu d’avance): «On traîne, on tise, on cherche à vivre des histoires fantastiques. On traîne comme si on n’avait pas de but dans la vie “. À ce moment-la, Orelsan rêve d’échapper à cette vie qui semble éloignée de la marche du monde grâce à la musique. Problème: the inaudible east. Caen n’a pas grand-chose à voir avec la région parisienne et le milieu Artistique se moque ce qu’il se trame en dehors de la capital. D’autant que les réseaux sociaux sont encore à l’état embryonnaire. On top of the tardive eclosion du Normand, propulsé sur le devant de la scène médiatique grâce des clips publiés sur la musical platform MySpace.
Plus insidieux que le surmenage, le desinvestissement is difficult à appréhender. Certes, Orelsan a mis en lumière. Mais on aurait tort de l’associer uniquement à une France say périphérique, rural ou périurbaine, souvent associée de façon caricatural à un faible niveau d’études et la précarité économique. Qu’on ne s’y trompe pas: the interpreter of “l’odeur de l’essence” is a fils de profs, diplômé d’une école de commerce onéreuse.
Et même les urbains des grandes métropoles, vivant dans des bassins d’emploi dynamiques which offer it culturelle est riche, n’échappent pas à cette «démission». D’ailleurs, depuis quelques années, on ne compte plus les témoignages dans la press économique et les medias progressistes de trentenaires parisiens “en quête de sens” qui ont tout quitté pour se reconvertir dans la permaculture ou devenir maraîcher bio. En toile de fond, a travail dans le tertiaire peu stimulant et idée selon laquelle la vie serait autrement plus joyeuse une fois l’ividu affranchi du matérialisme.
La réalité est un peu plus complexe. L’émergence des “bullshit jobs” for reprising the terme de l’anthropologue David Graeber, ces boulots peu éprouvants physiquement mais où the individual a le sentiment de passer sa vie à effectuer des tâches dénuées de sens, engendre de la souffrance morale chez les salariés concernés mais ne suffit pas à expliquer the abattement collectif d’une ou deux générations. Les causes sont variées et peuvent se croiser, se juxtaposer. Citons pêle-mêle: the apparition de nouveaux périls comme le terrorisme ou les catastrophes environnementales, the consommation massive de psychotropes, comme le cannabis, faisant de notre pays premier consommateur européen. «Chaque jour, 1,5 million de consommateurs réguliers s’adonnent à cette drogue “de la crétinisation“here altère peu à peu les capacités neuronales et la volunté “, rappelait dans nos colonnes the intellectuel Pierre Vermeren. Ou l’offre de loisirs à domicile pléthorique avec the apparition des plateformes de vidéos à la demande qui a, en partie, permis l’essor d’une “civilization du cocon”, cette tendance à se replier sur nous-même, théorisée par the journalists Vincent Cocquebert. Netflix or Amazon instillent the idea qu’il y aurait toujours mieux à faire que travailler et se confronter à un extérieur jugé hostile. The sophistication des jeux vidéo en ligne ya également contributed, permitting here the souhaite de se créer une vie d’aventures par procuration quand nous n’avions par le passé d’autre choix que composer avec les autres.
Pour un Orelsan, combien d’entre nous resteront d’éternels résignés?
Ronan Planchon
Reste que la réalité économique est centrale pour comprendre cette rupture de la modernité. La stagnation des salaires dans un contexte d’inflation galopante, n’aide pas à trouver des sources de motivation. The politique de massification de l’enseignement supérieur n’y est pas pour rien. Celle-ci a fait naître une génération de surdiplômés précaires dont l’obtention d’une license ou d’un master est intimement liée la dévaluation du niveau académique. En plus de dévaloriser de facto les professions manuelles, cette politique a contributed, entre autres, à faire grimper les prix de l’mobilier dans les métropoles où if concentrent les emplois de cette “pseudo-elite” de masse. The generalization of the flex-office is the last avatar du déclassement de l’urbain diplômé. À quoi bon se consacrer à son travail when, en plus de ne pouvoir accéder à la propriété (in Paris, le prix du mètre carré a dépassé les 10,000 euros) or dispose plus de son propre bureau?
Dans une tribune publiée sur le site du Figaro Édouard Tétreau avançait des pistes pour “Réveiller l’Occident endormi”en appelant notamment “À puiser dans les racines de notre histoire et de notre identity”. Car, pour un Orelsan, combien d’entre nous resteront d’éternels résignés?
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