Douceur. Lenteur. La guitare a du temps entre les cordes. Un piano laisse les notes s’écouler. La voix si belle de Richard Séguin s’invite, presque murmure. «Il est déjà minuit / Dans la forêt du monde», laisse-t-il glisser entre ses lèvres, comme un souffle souffrant. Tendresse et tristesse dans le ton. Les mots d’Hélène Dorion sont les bons, ceux qu’il doit chanter en premier. Richard Séguin n’est pas réfugié dans ses sentiers, se tient debout au bord de la fin du monde et n’a d’autre choix que de le constater et d’en témoigner: “Qu’est-ce qu’on a trahi / Entends-tu l’Orage qui gronde. »Le titre de la chanson est lancé comme une bouée:« Garde-moi un peu de poésie. »L’affirmation de départ devient question, in extremis : «Est-il déjà minuit? »Peut-être que oui, peut-être que non. Cela s’entend, l’homme épris d’humanité, le tenace des tenaces, a l’Espoir plus que jamais ténu.
Un peu de poésiechanson d’ouverture of the album Les liens les lieux, n’est pas un appel aux armes ni un chant incantatoire, pas plus qu’un grand encouragement béat. Plutôt une réaction. Un lâcher-prize de ce qui le taraude autant que nous. The suite? Those suites? Inquiétude existentielle jusque dans la quiétude de Saint-Venant-de-Paquette, ça fait peur. Même him? Même him. Richard Coeur-de-Séguin s’avouant confronté à l’irréparable, toisant le néant… “La forêt, les gens que l’on croise dans un sentier, c’est réconfortant. Mais les nouvelles se rendent chez nous. Avec peut-être plus de force encore, parce que la conscience de ce qu’on est en train de perdre est plus palpable. Les gros trucks qui n’arrêtent pas de passer avec leur chargement d’arbres, on les voit plus qu’à Montréal. “
Acceptation, oui, résignation, non!
Il ya une chanson qui en parle précisément, d’ailleurs: Chemins forestiers. Colère dans les mots, rythme de marche soutenu dans the instrumentation, maize Séguin ne chante pas pleine voix, au contraire. “Tu ne peux pas chanter plus fort que les chainsaws », Dit-il, plus que lucide. «J’ai même baissé mes tonalités, tu ne peux pas crier ça. »Séguin n’est pas Richard Desjardins. The ya plus de dépit que de dégoût dans sa dénonciation du “langage de ministères” or “tout s’écrase tous les quatre ans”. Il est minuit passé quand il chante: «J’entendais chanter les arbres. »Vertige du vide. The ya des «militants [qui] s’attachent aux épinettes », lâche-t-il au dernier couplet comme on lâche du lest, on dirait un prix de consolation. Empreint d’un certain… cynisme. Cynique, Richard, voyons donc!
La forêt, les gens que l’on croise dans un sentier, c’est réconfortant. Mais les nouvelles se rendent chez nous. Avec peut-être plus de force encore, parce que la conscience de ce qu’on est en train de perdre est plus palpable. Les gros trucks qui n’arrêtent pas de passer avec leur chargement d’arbres, on les voit plus qu’à Montréal.
«Il ya beaucoup d’acceptation dans cet album, mais pas de la résignation, quand même! »Soutient-il mordicus au bout du fil, sur le ton un peu marri d’éternel hippie here a quand même un peu vieilli: à 70 ans, les idéaux prennent forcément un peu l’eau. “Ce qu’on a vécu avec la pandémie, ce qu’on vit comme société, Trump et sa gang of him juste en bas de chez nous, ce qui se passe en Ukraine, ce qu’il advient de la Terre, tu ne peux pas ignorer ça. C’est dur, et ça décourage, faut le dire. C’est toute une traversée, et on n’est vraiment pas rendus à la rive. On peut être découragés par grands bouts, mais pas désespérés. Je refuse le désespoir. “
Espoir malgré tout
Ça frappe néanmoins dans la majorité des chansons: the espir a du retard. Dans Puisque, écrite par le fidèle Marc Chabot, il est question du “peu de temps”, du “sad coeur”, des “peurs du lendemain”, de “notre espoir qui se retient”, ce sont les lignes finales qui soutiennent la bâtisse dans toutes ses fêlures. Même dans Habitéoù la voix est forte, le refrain motivant et the folk-rock arrangement vigoureux dans esprit de Journée d’Amérique, Richard chante que “l’Espoir cherche la rive”. «Mais je répète trois fois“ rien n’est terminé ”, pour moi c’est une chanson de ralliement. »C’est vrai. Courage, courage, la rive n’est pas si loin, semble-t-il saying comme dans une scène de film qui précéderait le dénouement. Hourrah ou hallali?
S’il ya au milieu du disque des chansons très intimes, peut-être les plus personnelles de tout le répertoire de Richard Séguin, lettre sensible à sa mère (Tout près des trembles), évocation de la proximité avec son père (The garages), hommage à Florent Vollant (Le tambour), the n’en demeure pas moins que les grandes chansons d’espoir de l’bum – la très lyrique Êthree icile bien nommé Petit hymne aux grands rangs – sont servies au dessert, comme s’il s’agissait de laisser un bon goût en bouche. «Hugo Latulippe m’a écrit un texte extraordinaire. Des mots qui nomment le territoire. Pour moi, c’était essentiel. »C’est écrit au futur simple:« Nous ferons les fous, les foins / jusqu’après nous prépareront nos vies à venir / Nos migrations vers d’autres temps / Et comme à d’autres moments / de notre histoire nous fonderons un pays sur l’Espoir. “
Richard Séguin the aura gagné à l’arraché, cet élan, cette charge d’énergie, ce grand vote de confiance. «C’est peut-être mon album le plus réaliste, mais ce n’est pas a pessimistic album. Je continue de penser que le rêve, c’est quelque chose de réel. Il faut chercher la beauté partout où on peut la trouver. “
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