Mara Joly entame cette semaine le tournage d’une série de fiction dotée d’une distribution majoritairement racisée. Une rareté au Québec. En entrevue, the auteure, réalisatrice et productrice décrit Après le déluge comme son cheval de Troie.
Publié at 8h00
Le drame en six épisodes, qui devrait sortir en décembre sur Crave et dont l’action se déroule au cœur d’un quartier chaud de Montréal, racontera l’histoire de Maxime Salomon (Penande Estime), une policière qui initie quatre jeunes aux turbulents arts martiaux mixtes pour leur éviter un casier judiciaire. Cette décision pourrait toutefois lui coûter cher. La pratique d’un sport aussi brutal peut-elle vraiment aider des jeunes à s’extirper d’un environnement violent? Peut-on fighting le feu par le feu?
«Mon petit frère a déjà pratiqué [les arts martiaux mixtes], indique Mara Joly, rencontrée dans l’arrondissement de Rosemont – La Petite-Patrie à Montréal. J’ai vu comment ça a canalisé sa colère of her, comme ça a transformé sa vie of her. Ça a aidé à accéder à des études universitaires à HEC. Ce n’est pas rien, considérant toutes les épreuves qu’on a traversées en grandissant. Say qu’on vient d’un background difficult, c’est un euphémisme. ”
Une épiphanie
Le parcours de Mara Joly is effectivement loin d’être banal. Née au Québec d’une mère of Afro-American origin et d’un père blanc, the actress de formation (qu’on a pu voir dans Faits divers) a quitté la province à l’âge de 6 ans pour y revenir une dizaine d’années plus tard. Durant cet intervalle, elle a suivi sa mère di lei en France, au Sénégal, au Gabon, ainsi qu’en Afrique du Sud, où elle raconte avoir vécu des “situations exigeantes”.
C’est avec beaucoup d’émotion qu’elle relate les différences de traitement qu’elle a observées, en tant qu’adolescente white-passing – a terme hérité de l’anglais qui désigne les personnes qui, tout en étant racisées, sont perçues comme blanches – issue d’une mère “clairement afro”.
«Je suis arrivée en Afrique du Sud au debut des années 2000. Aux yeux du monde entier, the apartheid était terminé, mais sur place, ce n’était pas vraiment ça. J’ai plein de souvenirs… Une fois, à la banque, the personne ne voulait pas servir ma mère, corn parce qu’elle n’avait pas the choix of a point de vue légal, elle me speaksit à moi. ”
«Il y avait quelque chose d’assez troublant dans tout ça, poursuit-elle en refoulant ses larmes. Là-bas, tu pouvais tuer un Noir et clairer ton casier judiciaire en donnant du cash aux policiers. C’était tellement violent. Vivre dans un monde où quelqu’un pouvait passer but mère pour 50 piastres, c’était terriblement angoissant. ”

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, THE PRESS
Mara Joly
C’est ainsi qu’à 14 ans, Mara Joly a commencé à détester sa peau blanche. “J’en ai souffert toute ma vie qu’on nous sépare, ma mère et moi. D’avoir plus de chances qu’elle… Je trouvais ça injuste. Toute la violence qu’elle vivait et dont j’étais épargnée … ”
À cette époque, la jeune Mara Joly aimait s’échapper dans ses bouquins, et ceux qui traitaient de mythologie gréco-romaine comblaient parfaitement son besoin d’évasion. C’est lei en lisant le mythe du cheval de Troie, évoqué dans l ‘Odyssée d’Homère, qu’elle affirme avoir connu “une épiphanie”.
Je me suis dit: “La raison pour laquelle tu as cette peau-la, c’est peut-être pour percer la forteresse et créer des ponts, ouvrir un dialogue. Profite du fait que tu as l’air d’une Blanche pour jouir de certains privilèges au lieu d’en souffrir quand tu regardes ta mère. Lei embrasse-les, fraie-toi un chemin et, éventuellement, tu feras quelque chose avec lei. “
Mara Joly
Ce «quelque chose», Mara Joly a finalement trouvé, deux décennies plus tard.
De nouveaux visages
The tournage ofAprès le déluge débutera jeudi dans le Quartier Saint-Henri. The s’étirera jusqu’au début du mois d’octobre. Mara Joly will direct une distribution particulièrement diversifiée qu’elle couvre de fleurs.
Outre Penande Estime, une cascadeuse reconvertie en comédienne qui apparaîtra au sommet du générique, la série mettra en vedette Karl Walcott (The chalets), France Castel (Nuit blanche), Inès Defossé (Sans rendezvous), Charlotte Masse (Plan B), Émile Schneider (Virage), Martin Larocque (District 31), Samuel Gauthier (Les moments parfaits).
Enfin, la minisérie servira de vitrine à plusieurs nouveaux visages, as Madina Tall, Steve Diouf Felwin, Pascal Tshilambo, Jorge Martinez Colorado, James-Édward Métayer, Frédéric Colas Gabriel ou encore Érika Suarez.
«Vous allez découvrir un paquet de monde, des gens de gros talent. Je suis tellement fière! Mara Joly exclaims.
A rêve
Production de Zone 3 en collaboration avec Bell Média, Après le déluge est également produced by ZAMA Productions, une boîte récemment fondée par Mara Joly and Miryam Charles, director of photo and réalisatrice de plusieurs courts métrages.
La scénariste et réalisatrice de La maison des folles, websérie sacrée meilleure série courte au festival international Canneseries en 2019, est devenue productrice pour bénéficier d’un appui financier additionnel du Fonds des médias du Canada. Ce program established by the organism fédéral to encourage the diversity of the voix prévoit a bonification financière lorsque le créateur racisé of a project est également son producteur.
Comment c’est arrivé, que j’arrive à scénariser, réaliser et produire une série télé où 70% du casting n’est pas caucasien?
Mara Joly
“Je suis un peu saisie moi-même, avoue-t-elle. C’est très excitant! Des fois, je regarde mes propres textes et je suis comme: “Ben voyons que j’ai le droit de faire ça!” C’est un rêve. ”
Mara Joly insists: Après le déluge sera une série grand public qui s’adresse à «tout le monde», et pas seulement aux communautés qu’elle veut représenter fidèlement.
«Les Québécois of Canadienne-French origin vont capoter! Ça va leur faire du bien. Ça va être intéressant d’avoir un nouveau point de vue. ”
Et c’est ainsi que Mara Joly commence sa propre odyssée.



